samedi 27 juillet
Journée dédiée à la RETIRADA
MOLLO – COL D’ARES – PRATS-DE-MOLLO LA PRESTE

UNE DOUBLE PROGRAMMATION INÉDITE pour une journée en diptyque aux deux volets solidaires et continus


RETIRADA 1

  • de 08h00 à 18h00 : l’itinérance en montagne, de part et d’autre du COL D’ARES, animée par THE RETIRADA SWINGIN’ COMBO: « Marchin’ Up To No Salvation » – Retour sur les années 30. – (RETIRADA 1 ci-dessous)

INFOS - CORTÈGE

RETIRADA 2

  • de 18h00 à 24h00 : le rassemblement dans Prats-de-Mollo intra muros autour du concert d’AKPé MOTION: « Migrations 2 » poème musical dédié à la Retirada d’alors, aux Migrations d’aujourd’hui. – (RETIRADA 2 ci-dessous)

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27/07 AKPE MOTION MIGRATIONS 2 15 €
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27/07 CONCERT AKPE MOTION + REPAS 25 €
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INFOS - CONCERT

 

Quand le Jazz accompagne la RETIRADA & ses désillusions

Là-bas, vers les hauteurs du Col d’Ares, les nuages dansent avec les crêtes entre ombre et lumière, de feu solaire en brume fluide virevoltante. A contempler cet espace isolé, désolé, esseulé, on n’imaginerait pas une seconde une quelconque séquence FX faisant émerger tout d’un coup un torrent de “migrants” advenant de gauche à droite, de ce paysage tantôt bucolique, tantôt satanique, comme de cour à jardin, à se croire dans une superproduction hollywoodienne retraçant tel champ de bataille ou telle errance épique en cinémascope 3D. Il nous souvient pourtant ces interminables queues leu leu hagardes de ce que nos grands-parents de la moitié nord de la France appelaient “l’évacuation” de 1940 à l’approche du déferlement nazi par la Belgique, le Nord et l’Est de notre Hexagone. Ce dut être, un an à peine plus tard, comme une RETIRADA dont ils n’avaient sans doute guère entendu parler, en moins dépouillée, en moins crue toutefois : car ici, au travers des Pyrénées, point de carrioles et charrettes, point de literies et autres malles de famille entassées à la sauve-qui-peut ; au mieux une valise en carton, un baluchon, plus adaptés à ces chemins incertains de montagne, à mille lieues des beaux sentiers bien balisés de randonnée pédestre d’aujourd’hui… ! En un hiver 39 si rude, si rugueux que des dizaines de milliers de ces “migrants” en quête d’asile politique et de survie succombèrent dans les tout premiers mois. Au total : 600 000 Républicains déboulant de leur au-delà des Pyrénées vers sur notre en-deçà, dont les silhouettes, une fois colorisées, pourraient si confusément se superposer à celles des Syriens de Lampedusa, des “Sub-sahariens” de Ceuta et Melilla, des Palestiniens de Sabra et Chatila, des réfugiés de la jungle de Calais ou encore, parmi tant et tant d‘autres glorieux épisodes de notre universelle et douce humanité, à ces cohortes de “Latinos” se ruant vers la frontière mexicaine avant qu’un délirant monument “trumpien” ne les mette au pied du mur … Cette belle humanité – c’est-à-dire chacun de nous, où et qui que nous soyons – apprendra-t-elle un jour à se défier de sa répétitive aptitude à, de son appétence pour la perversité du tragique à son semblable infligée ? Sont-ce ces murs balafrant nouvellement terres et ciels des cinq continents qui nous rassureront sur notre improbable capacité à la rémission ?

S’associer à ce 80è anniversaire de la RETIRADA, ce n’est pas tant pour l’équipe et les partenaires du festival itinérant JAZZ EN TECH une volonté de prendre mécaniquement sa part de commémoration dont le goût est, d’un anniversaire l’autre, quel que soit l’épisode de l’Histoire auquel ces rituels sont dédiés, chaque fois plus stérilisé, plus aseptisé. S’associer à ce 80è anniversaire de la RETIRADA, c’est répondre à notre volonté de sans cesse relier les temps dont on se souvient, à nos présents guère plus glorieux et tout aussi iniques et meurtriers ainsi qu’à nos avenirs si peu rassurants où que l’on se tourne sur notre village planétaire au vu, précisément, de cette immuable appétence pour le rejet de l’autre et son cortège morbide de mesures appropriées : la haine, la souffrance, le racisme, et donc l’ostracisme, l’internement, l’exclusion, l’expulsion, l’extermination, l’extinction ad libitum. S’associer au temps du souvenir, c’est humblement rappeler que la tragédie n’est pas morte, que le mal a de bien beaux restes et la démocratie bien du souci à se faire universellement.

Y aurait-il, en effet, une fatalité à ce que nous soyons toujours le Hutu de l’un ou le Tutsi de l’autre ? Y aurait-il une fatalité acceptable, politiquement correcte, justifiant qu’une minorité se voie menacée, ghettoïsée, radiée ou éradiquée du seul fait que sa majorité auto-proclamée, auto-encensée le décrète selon l’humeur du moment ou la manipulation durable de l’histoire ?
Y a-t-il, enfin, quelque éthique à faire accroire qu’un “migrant” l’est devenu par plaisir, auto-complaisance, paresse civilisationnelle ou cultu(r)elle) ou intérêt obsessionnel à venir gruger “les braves gens” que nous sommes tous ? Car nous sommes toutes et tous de braves gens, n’est-ce pas ? C’est bien, en tout cas, ce qui se répète ad aeternam d’une Histoire à une autre, d’une Nation à une autre, d’un Humain à son voisin, jusqu’à ce que…. ! A ceci près que n’est pas l’Auvergnat, le Juste, l’Aquarius tout un chacun, individu comme collectif ! De cette répétition, on se repaît à nous dire, d’une génération l’autre, qu’elle ne fait pas l’Histoire. Ce serait magnifique de pouvoir prendre au mot cette assertion angélique du “plus jamais ça !” (sic) et d’y croire pour de vrai.

Alors, vous direz-vous, quels points communs entre JAZZ et RETIRADA ? “L‘itinérance”, nous semble-t-il, surtout dès lors qu’elle est contrainte, avec un aller simple pour les déraillements de l’Histoire. Les différences ? Question d’échelle spatiotemporelle : là-bas, on traversait l’Atlantique d’Afrique en Amérique du Nord, puis le Mississipi de La Nouvelle Orléans vers Chicago ; là, les Pyrénées du Sud vers le Nord, puis les camps et l’éparpillement vers le reste de l’Hexagone, ici et maintenant la Méditerranée de Proche-Orient en Europe, puis les blocages en Turquie et au-delà du Danube… Question d’échelle, mais sans nuance humaniste qualitative ! Or, souvent de ces migrations forcées, une, des musiques ont surgi qui viennent évoquer l’indicible, énergiser l’aliénation de la séparation grâce aux souvenirs d’une existence d’avant… Les cortèges de joie et souffrance des enterrements de Louisiane, les rassemblements cérémoniels “manouches”, les “démonstrations” noires de l’Amérique raciale, etc… nous disent combien d’affinités électives sont ici partagées, au fil d’une note bleue, d’un vibrato, d’une voix éraillée, d’un rythme quasi totémique.

C’est cela que nous voulions mettre en place dans le cadre de la 4è édition de JAZZ EN TECH (19 juillet – 1er août 2019). A partir de la RETIRADA, justement parce que nous voulons que ce Festival dont la devise est “découverte du jazz, découverte du territoire”, devienne pleinement ce qu’il doit être : un événement transfrontalier récurrent à la faveur duquel artistes, publics, communes et territoires partagent et échangent leurs talents et leurs identités à tous les niveaux possibles : musicaux, artistiques, socio-culturels et socio-économiques. Amorcer ce processus l’année du 80è anniversaire de la RETIRADA démontre qu’il n’est pas trop tôt pour ce faire, en tout cas par le biais, peut-être inattendu, du jazz !

Pour l’équipe de JAZZ EN TECH
Philippe LENGLET

* De la « terre promise » au ghetto – la grande migration noire américaine 1916 – 1930. Loïc J. D. Wacquant, Actes de la recherche en Sciences Sociales 1993/4 (N°99, p.43-51) 
** Le STYLE NEW ORLEANS, Hugues Panassié, Bulletin du Hot Club de France – N° 120, septembre 1962